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L’Amphiplane
samedi 10 septembre 2005, par Claude

L’Amphiplane

Comme c’est mon dernier appareil à ce jour, mes souvenirs sont un peu plus denses...mais

Les premiers vols en planeur pur avec l’Amphiplane à PIETRACORBARA

C’est surtout que j’ai pris l’habitude, en vieillissant, de noter davantage de choses et c’est bien pratique. Par contre, je n’ai rien noté sur la période de construction, mais après tout, ce n’est pas bien passionnant : beaucoup de travail, tant sur la planche à dessin que dans mon atelier, toujours le même, où j’ai déjà construit l’Hydroplum II et la Puce II : cet atelier de location, en fait un sous-sol de maison, mal foutu, mal éclairé et surtout peu accessible, dans lequel je ne me suis jamais vraiment installé, comme toujours dans une location.

L’étude de l’Amphiplane ou « planeur hydravion » a été menée en 1994, certainement avec beaucoup plus de soin que pour les appareils précédents car j’avais plus de temps.

C’est le 1er octobre 94 que j’en lance la fabrication, en même temps que je me mets à mi-temps au bureau, en profitant à 55 ans du dispositif « contrat de solidarité-pré-retraite progressive ». Je choisis la formule la plus contraignante au niveau du bureau : travail tous les matins (au lieu d’une semaine sur deux, comme font la plupart de mes collègues), ce qui me permet d’assumer correctement mes responsabilités, puisque je suis présent tous les jours, notamment pour signer le courrier . Je peux donc consacrer mes après-midi à la construction aéronautique, et pour la première fois de ma vie je dispose de 2 ou 3 bonnes heures de travail tous les jours (sans parler des 5 ou 6 heures le samedi et très souvent autant le dimanche) .

Cela m’a permis de sortir mon planeur en 1 an et 7 mois (soit environ 2000 heures de travail au maximum), ce qui n’est pas énorme compte tenu de la nature de l’engin. Mais c’est pour moi un sommet que je n’avais encore jamais atteint, et que je n’égalerai sans doute jamais...Je ne suis pas pour les constructions qui traînent en longueur, parfois sur une dizaine d’années, comme font certains constructeurs amateurs : ma patience ne va pas jusque là !

Pour concevoir et construire cet Amphiplane, je disposais évidemment de l’acquis de toutes mes réalisations antérieures, et notamment en matière de stratifiés dont j’ai appris l’essentiel avec le PETREL. Mais cette fois, il me faudra aller encore bien plus loin, en dominant la construction en fibre de carbone sans laquelle cet engin aurait été beaucoup trop lourd. Bien entendu, il ne s’agit que de fibre imprégnée sur place de résine liquide et durcissant à la température ambiante, et non pas comme font les professionnels de fibre pré-imprégnée de résine durcissant au four : les performances sont moindres et il m’a fallu en tenir compte dans les calculs.

L’AMPHIPLANE était prêt le 1er mai 1996 et pesait complet 92 kg, non motorisé, auquel s’ajoutent 5 kg de parachute de secours intégré à extraction pneumatique (en vieillissant, on devient plus prudent, c’est sûr !).

La première sortie a eu lieu quelques jours après, sur la plage de PIETRACORBARA dans le Cap Corse, remorqué par le runabout de 150 CV de mon copain Frédéric (toujours lui !), et par 200 m de corde de polypropylène de 5 mm, qui a l’avantage de flotter. Il me faut bien reconnaître que cette phase de décollage remorqué par un bateau n’a rien d’évident. Bien entendu, une liaison radio avec le remorqueur est indispensable, et comme tout ça se passe sur l’eau, on imagine sans peine les problèmes d’électronique, d’autant qu’à certains moments, je me croyais davantage dans un sous-marin que dans un planeur ! Quant à l’accrochage du câble sous la coque par le pilote, en mer, il y a intérêt à être souple et à avoir le bras long...(la prochaine fois, je mettrai le crochet sur le coté, ce qui me fera gagner 10 cm de bras !), d’autant qu’une forte instabilité en lacet sur l’eau me mit plusieurs fois en travers, d’où décrochage immédiat du câble. Bref, cette première sortie fut un échec car après quelques oscillations en lacet particulièrement fortes, un flotteur de bout d’aile enfourne et s’arrache .

Retour à l’atelier et à la réflexion !

Ce fut surtout la réflexion qui me prit du temps. Bien entendu, je replaçais le flotteur de bout d’aile, monté de façon très légère de façon à servir de fusible en cas de choc.

Le 28 juin, nouvelle sortie, au même endroit, même remorqueur, mais avec une petite brise du large, ce qui devrait faciliter bien des choses. Pour simplifier un peu les problèmes, je décide de ne sortir que 100 m de câble car cet interminable vers de terre qui se tortille devant moi, garde en mémoire toute la trajectoire du bateau et donc tire tantôt à droite, tantôt à gauche (ce pauvre Frédéric faisant pourtant de son mieux pour avoir une trajectoire aussi rectiligne que possible !). Et cette fois, avec certes une très grosse émotion à la clef, je demande à Frédéric de garder toute la gomme...après une courte période de semi immersion, miracle, l’engin passe brusquement sur le redan, lève le nez, puis décolle franchement. Je rends aussitôt la main et largue à 5 ou 6 m, pour un plané impeccable suivi d’un kiss-landing (si j’ose dire !). Manifestement, dés qu’on a quitté l’eau, les problèmes sont du domaine du connu et ne révèlent pas de surprise : le planeur paraît excellent, bien centré, stable et vole droit : c’est déjà ça !

Je fais ce jour là 3 ou 4 vols en ligne droite, à 10 ou 15 m de hauteur maximum, et constate que dés la mise en palier, le planeur accélère vers 60-70 km/h, et que bien entendu le bateau est rapidement rattrapé ; il faut veiller à ne pas se poser dessus car ce n’est pas un porte-avion ! Enfin, il n’est même pas nécessaire de larguer, le câble qui traîne dans l’eau tire vers l’arrière et décroche tout seul. Je finis par m’éloigner sérieusement de la plage de départ, en évoluant toujours face au vent. Pour rentrer en remorque vent arrière, pas moyen : l’appareil qui zigzague déjà en temps normal, se mets carrément de travers par vent arrière, donc pas moyen de rentrer au point de départ, je suis obligé de me faire remorquer jusqu’à la plage de Sisco, à 5 km plus au Sud, où j’habite actuellement.

Pour la prochaine fois, il me faudra réaliser un petit crochet de remorquage dans le nez (ce sera fait, mais cette instabilité ne sera jamais totalement vaincue). Pour le reste, R.A.S, sinon que ma ceinture de planeur commence déjà à rouiller et qu’il me faut la remplacer par une ceinture de plongeur sous-marin, comme sur tous mes hydravions. Je songes également un moment à rechercher un bateau plus rapide, mais outre que je ne peux demander à mon copain d’investir 200.000 F dans un bateau de course, cela ne s’avèrera pas indispensable !

Le 13 juillet, nouvelle sortie dans les mêmes conditions, mais avec une mer plus formée (environ 60 cm de creux) et un câble de 150 m. Je fais 3 vols, dont un à environ 50 m : ça commence à devenir sérieux ! (50m pour 150m, cela fait déjà un angle de câble de18°).

Le décollage reste un instant pathétique, surtout s’il y a du creux : on plonge littéralement le nez dans la vague, et pendant quelques secondes on y voit plus rien ; il faut simplement attendre que ça passe, que le nez se soulève soudain et immédiatement le bruit et la fureur cessent : on est en l’air, la verrière s’éclaircit car le vent chasse l’eau . Bien entendu, j’ai dû très rapidement renforcer l’étanchéité de la verrière, ainsi que celle de la trappe de ventilation située juste dans le nez...mais malgré tout, il faut bien reconnaître que j’ai toujours les pieds au frais après le décollage, surtout quand j’oublie de fermer le trappe ! Il faudra aussi que j’améliore l’enrouleur de câble, car 150 m de ficelle qui s’emmêlent, ça fait désordre.

Le 23 juillet, nouvelle sortie, vent nul, mer d’huile : cette fois, je sors 200m de câble : c’est que j’ai l’intention de monter ! Je fais 4 montées vers 100-120 m et mes planés font maintenant 2 à 3 minutes chacun, avec de larges virages et un retour au point de départ : des « tours de piste », en quelque sorte ! Et la montée est une sensation très agréable car elle se fait lentement, pas trop cabré, ce qui permet de regarder le paysage : rien à voir avec la brutale « giclée » au treuil en planeur classique. Lors du retour à la plage, je suis pris dans la vague de sillage d’un gros paquebot qui passe au large, et le flotteur droit est arraché. Heureusement, mon fils Jérôme a pu prendre les premières photos en vol.

Le 10 août, c’est le début des emmerdements ! Par vent nul, je sors 300m de câble. Lors de l’accélération, l’appareil se mets de travers, enfonce le nez, et le câble se largue tout seul...mais entre temps, le flotteur gauche est arraché. Décidément, cette instabilité en lacet me pose de sérieux problèmes, évidemment surtout en l’absence de vent, ce qui réduit l’efficacité de la dérive.

Le 17 août, légère brise : les ennuis continuent : le câble de 300 m se casse plusieurs fois de suite, toujours coté bateau, sans que je saches pourquoi ; a-t-il vieilli ? Je vais le remplacer par un neuf de 6mm au lieu de 5.

Le 28 septembre, reprise des essais après une interruption pour vacances (et oui, il faut bien aussi se reposer de temps en temps !). nouveau câble de 6 mm, donné pour 400 kg de résistance. Envoyé cette fois 400 m, un record. Le décollage, sans vent, est très pénible car le câble freine énormément. Pourtant, l’appareil monte péniblement, manche au ventre, au bord du décrochage, jusqu’à 8 ou 10 m, puis le câble sort brusquement de l’eau...donc il se rallonge et la traction cesse un court instant, assez pour que le planeur décroche et tombe à plat ; un grand splash, mais heureusement amorti par l’eau et par la faible charge alaire de l’appareil ! je n’ai pas le temps de réaliser ce qui vient de m’arriver, car le bateau a continué sa route, en accélérant bien sûr ; le câble se retends d’un coup (heureusement, 400 m de câble en polypropylène, ça donne du mou !) et cette fois, re-décollage, réussi cette fois ; mais l’appareil monte mal car le freinage du bateau est trop fort ; le largage se produit tout seul vers 180 m seulement (sans doute la pente du crochet est trop forte). Mais je m’acharne encore et cette fois, c’est mon câble neuf de 6 mm qui casse, plusieurs fois, toujours du coté du bateau.

Retour à la plage : il est grand temps que je réfléchisse !

Que s’est-il passé ?

Devant cette impressionnante collection de problèmes, dont certains comme mon décrochage auraient pu être graves, une longue période de réflexion s’impose ; en voici les conclusions :

1°- je comprends enfin la raison de toutes ces casses de câble :

elles sont dues à la traînée propre du câble dans l’eau qui s’ajoute à la traînée du planeur (environ 80 kg), et qui à partir de 300 m environ, dépasse sa résistance (280 kg pour le câble de 5 ; 400 kg pour le 6) ; ceci explique que les ruptures se fassent uniquement coté bateau (occasionnellement, cela montre que la traction du bateau est supérieure à 300 voire 400 kg, ce qui n’est pas mal !). J’avoue que je n’avais pas envisagé ce problème à sa juste valeur. Ceci explique également les difficultés de décollage avec un câble de 300 m et plus.

2°-à cette difficulté s’ajoute le fait que le câble reste « accroché » à l’eau alors que le planeur est déjà assez haut : il décrit une sorte de L très aplati, que l’on voit très bien sur les photos, jusqu’au moment où il sort d’un coup en donnant du mou. C’est sans conséquence avec un câble de 200m , mais avec 400 m j ’ai vraiment failli me casser la gueule et il est heureux que le planeur ait résisté au choc, d’autant que j’ai décollé ensuite sans avoir rien vérifié.

Tout ceci évidemment varie un peu en fonction du vent et de la mer, mais ce sont les ordres de grandeur.

CONCLUSION :

avec ce dispositif, la limite de la montée est limitée à 250 - 300 m maximum. C’est assez pour s’amuser un peu, mais pas assez pour accrocher sur les reliefs du bord de mer, surtout par vent faible (et bien sûr, par vent fort, pas question de décoller !). C’est ainsi que mes plus beaux vols n’ont pas dépassé la dizaine de minutes : pas de quoi pavoiser !

Fin octobre, je fais encore une sortie, avec 3 montées à 250 m : c’est vraiment le maximum avec 300 m de câble, et avec 400 m, rien à faire, le bateau « rame » trop ! Et pour couronner le tout, un automobiliste obligeant déclenche le plan ORSEC et téléphone aux gendarmes pour les prévenir qu’ »un avion est tombé dans l’eau ». J’ai donc droit, à mon retour à la plage, à un comité d’accueil : gendarmes, pompiers, ambulance...il ne manquait que l’hélico, qui s’apprêtait à décoller ! C’en est fini de ma tranquillité ! L’affaire s’arrange gentiment avec la Maréchaussée, bien que je ne sois pas vraiment en règle car mon immatriculation U.L.M. est purement fictive puisque dans U.L.M. il y a Motorisé, et de moteur, point ! (je ferai plus tard une demande d’hydrobase agréée, qui me sera accordée sans problème, il faut bien le reconnaître.).

Je suis donc dans une impasse, qui comporte deux solutions :

-  fabriquer (ou acheter, très cher), un dérouleur de câble, utilisé pour le vol libre. Mais cela nécessite de trouver un bateau plus rapide car le déroulement du câble réduit la vitesse du planeur , qui est déjà très juste. De plus, en restant face au vent, donc le plus souvent face au large, une telle montée m’amènerait à plusieurs km de la côte et de ses ascendances ! Je crains que ce soit une impasse de plus, et qui ne règle pas mes problèmes administratifs, ce qui est le plus grave.

-  Motoriser : c’est évidemment la solution, qui règle théoriquement tous les problèmes, à condition que le moteur soit assez puissant pour me sortir de l’eau ! Mais rentrer un moteur dans un planeur qui n’a pas été prévu pur cela, « c’est pas coton « . Heureusement, l’hiver arrive, et j’aurai tout le temps !

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