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La Puce du ciel n°1
dimanche 11 septembre 2005, par

LA PUCE DU CIEL

Décidément, les médiocres performances de notre chariot HIWAY, et plus particulièrement le "coup du petit pin "(à ne pas confondre avec le "coup du lapin ") commençaient à me décevoir outre mesure. Et nos compétences nouvelles nous amenèrent rapidement à souhaiter plus d’indépendance, donc à posséder chacun notre appareil.

L’ami Jojo, de loin le plus à l’aise, fit l’acquisition d’un très beau pendulaire HIWAY mark2, à moteur FUJI-ROBIN 18 CV réducté, muni d’une aile D.S.T.I (Double Surface à Transversale Intégrée, aile rapide et maniable), Lucien et Francis se partagèrent un chariot VELIPLANE à moteur SACHS 340, 23 CV non réducté et aile classique, quant à moi, le virus de la bricole me reprenant, je décidai de construire moi même un chariot pendulaire, tout en achetant bien entendu mon aile chez un bon fabriquant .

Commencé en avril 1981, mon chariot pendulaire tout en contreplaqué fut achevé 5 mois après, courant août . C’est, à ma connaissance, le seul avion au monde à avoir été construit dans une cave de 2 m x 3 m ! Il était motorisé par un SACHS monocylindrique de 340 Cm3, développant 23 CV et poussant 67 kg sans réducteur avec une hélice d’1 m de diamètre (mais avec beaucoup de bruit ...mes voisins étaient quand même de bonne composition !). Je l’ai équipé d’une aile Atlas de 18 m2, puis d’une D.S.T.I. de 16 m2 ( une X RAY de vol libre achetée d’occasion). Le total, aile d’occasion et moteur compris, m’avait coûté 13.500 F, ce qui, même à l’époque, ne faisait pas cher !

J’ai baptisé plus tard cet engin la Puce-du-Ciel un peu par dérision et par référence au Pou-du-Ciel, engin mythique pour moi car, comme Obélix qui est tombé dans la Potion Magique quand il était petit, moi c’est dans un Pou-du-Ciel et par extension, dans l’aviation en général .

Vint en septembre le moment des premiers essais, et le début de ma longue carrière de pilote d’essai amateur . Les lignes qui précèdent permettent de se rendre compte que ce n’est pas une galéjade : je devais avoir en tout et pour tout 4 ou 5 heures de vol sur notre engin collectif quand j’ai du prendre en mains mon nouveau chariot, beaucoup plus puissant et performant que le précédant . Il se trouvait par hasard que mon père était de passage en Corse ce jour là, et je ne pouvais faire autrement que de l’inviter à assister à ces premiers essais, ainsi qu’un copain qui passait également par là . En principe, j’ai toujours préféré limiter au strict minimum les spectateurs pour des essais, mais j’y suis rarement arrivé, pour des raisons diverses. En tous cas, il ne me viendrait jamais à l’esprit de choisir, par exemple, une manifestation publique ou un rassemblement pour essayer un nouvel engin, ce que j’ai vu faire une fois, avec un résultat désastreux bien entendu !

Me voici donc de nouveau sur la grande piste de Ghisonaccia, à tâter les premières réactions de mon nouvel appareil , puis m’enhardissant progressivement, il fallut bien mettre de plus en plus de gaz : les avions ont en effet ceci de particulier qu’on y apprend pas grand chose tant qu’ils sont au sol ! Le premier saut de puce se passa relativement bien, quoique l’appareil manifesta un centrage arrière manifeste, que je parvins à contenir en mettant la « barre au ventre » (en avion classique, on met le « manche au tableau » , mais ici c’est le contraire ). Les choses auraient dû en rester là, pour la journée, et une rapide rectification du centrage s’imposait ; au lieu de ça, j’ai voulu en avoir le cœur net (et peut être aussi mon amour propre en présence des spectateurs dont un qui m’était particulièrement cher) et j’ai tenté un second saut de puce, un peu plus long et plus haut bien sûr...cette fois, la barre au ventre n’a pas suffit, l’appareil a commencé à monter, j’ai réduit les gaz et le décrochage, heureusement doux sur ces appareils, n’a pas traîné : je ne suis retrouvé au tapis un peu brutalement, la roue avant tordue mais les câbles arrière de l’aile enroulés autour de l’hélice, avec pour conséquence une aile en piteux état . Je ne tardais pas à voir arriver mon père, livide et essoufflé, qui croyait ma dernière heure arrivée ! Je m’en voudrai toujours pour la peur que je lui ai faite ce jour là.

Cette fois, il fallut bien rentrer, la queue basse (la mienne, pas celle de l’avion, qui d’ailleurs n’en avait pas !). La réparation fut rapide et le défaut corrigé en avançant le point d’accrochage du chariot sur l’aile de 13 cm (ce qui est beaucoup, j’en conviens). Par la suite, la Puce-du-Ciel s’avéra un merveilleux engin, parfaitement réglé et sûr, avec lequel j’eus infiniment de plaisir à voler, je pense plus qu’avec tout autre appareil, peut être à cause de sa simplicité et de la grande sécurité qui s’en dégageait.

Pendant ce temps, mes petits camarades ne perdaient pas le leur, et s’exerçaient aussi sur leurs machines respectives, tandis que le mouvement U.L.M. se développait rapidement : au petit groupe de quatre qui formait le noyau d’origine, s’étaient joints des nouveaux venus, en particulier Claude , Frédéric et Charlie . Ces deux là méritent ici une petite mention spéciale : Frédéric (le plus jeune de la bande), possédait un QUICKSILVER identique à celui que j’évoquais au début du présent mémoire. C’était, déjà à l’époque, une espèce de relique (en ce temps là, les modèles vieillissaient vite !) qui cependant marchait très bien . Il avait la particularité, entre autres, de voler très lentement et de décoller très court, de n’importe quel champ, plage ou autre : en fait, c’était le descendant direct des modèles à décollage à pied, mais pourvu de roues ( en effet, le décollage à pied, qui caractérise encore le Vol Libre au sens Administratif, nécessite avec un moteur des qualités sportives hors du commun).

Frédéric sous son Quicksilver à moteur

Charlie quant à lui, possédait je crois, un des premiers biplaces pendulaires.

Donc un jour, revenant avec ma Puce d’une longue ballade, m’approchant du terrain, j’aperçois en bout de piste un bien étrange appareil, avec plusieurs ailes un peu dans tous les sens ; me rapprochant encore, je réalisais avec horreur qu’il s’agissait de deux appareils enchevêtrés ...Me posant affolé, je me précipite en craignant le pire , mais je découvre bien vite que tout le monde se porte comme un charme et qu’il n’y a finalement, que de la tôle, pardon, des tubes froissés ! Ce pauvre Frédéric, qui s’apprêtait à décoller en bout de champ, venait de recevoir sur le dos le dénommé Charlie... un coup vraiment très, très dangereux, même aux vitesses de l’époque ! C’aurait pu être, en tous cas, le premier accident grave d’ U.L.M. en Corse. Les deux appareils purent d’ailleurs être réparés...il n’en fut pas de même, hélas, des relations entre les protagonistes !

Un amas de tubes tordus : L’accident de Fred et Charlie (sans une égratignure !)

Une autre fois, nous avons étés très inquiets de ne pas voir revenir l’ami Jojo...il était tombé en panne de moteur et s’était posé...sur un olivier ! (là encore avec seulement quelques dégâts matériels, notamment à l’olivier !).

Tout ceci pour montrer, une fois de plus, combien les faibles vitesses de l’époque étaient facteur de relative sécurité, ce dont nous sommes bien loin maintenant que le mouvement U.L.M. reste le regard rivé sur les performances des avions de course .

Cependant, au bout de quelques mois de bons et loyaux services, je commençais à rêver « d’autre chose », et le virus de la construction me reprit.

Je cédais la Puce à mon père qui, à 71 ans, avait retrouvé le goût du vol et venait de passer (en biplace) sa qualif de pilote pendulaire (bien que son brevet de pilote avion ,de 1935, soit resté valable pour l’U.L.M. ; une fleur de l’administration, pour une fois !). Ainsi, la Puce-du-Ciel continua sa carrière sur un terrain Lyonnais, hélas pas très longtemps car mon pauvre père, se sentant fatigué , revendit la Puce au club U.L.M. de Blois, où il finit sa carrière (l’avion, pas mon père !) sur rupture de vilebrequin .

Mais cet excellent appareil ne resta pas en exemplaire unique car j’en réalisais un plan, tenant sur un demi m2, avec une notice d’une dizaine de pages, que je vendais pour 4 sous. Il s’en est suivi une petite dizaine de réalisations, ce qui, compte tenu de mon isolement géographique, n’est pas si mal que cela. De plus, vu son prix de revient , il fut essentiellement réalisé par des jeunes . Je regrette bien, maintenant, de ne pas être resté plus longtemps sur ce créneau bien sympathique ...Mais j’ai toujours été trop attiré par la nouveauté, et je me lasse trop vite de ce qui est bien au point...

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